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par Olivier Cor

Directeur agronomie



Indispensable à la synthèse des protéines, le soufre est essentiel aux besoins vitaux des plantes tout le long de leur cycle y compris pour constituer les réserves des graines.

Mais sous sa forme organique, la plus fréquente, il est non assimilable par les plantes.

Le soufre organique devra donc être transformé par les microorganismes du sol, des bactéries oxydatives du soufre comme les thiobacilles. Elles le transformeront en sulfate, sa forme ionique, qui est assimilable par les plantes.

 

1 - Connaissez-vous les différentes formes de soufre?

SO2, H2S, SO4, S2O2, ou encore S, le soufre se présente sous de très nombreuses formes dans la nature. Présent dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de soufre SO2 et de sulfure d’hydrogène H2S dans l’eau de pluie, on le retrouve surtout sous forme organique dans les résidus de cultures, les effluents animaux et dans le sol.

⬇Le schéma ci-dessous vous présente le cycle du soufre de manière simple⬇.

cycle du soufre sulfur cycle
Le cycle du soufre

2 - Mais à quoi sert-il ce soufre?

Composant de nombreux acides aminés, le soufre est élément indispensable à la synthèse des protéines. Il est donc essentiel aux besoins vitaux des plantes tout le long de leur cycle y compris pour constituer les réserves des graines.

Mais il intervient également dans de nombreux mécanismes. Il est par exemple nécessaire à la formation de la chlorophylle et joue par conséquence un rôle dans la photosynthèse. Il est également indispensable au bon fonctionnement des nodosités permettant aux légumineuses la fixation symbiotique de l’azote.

à-quoi-sert-le-soufre-en-agriculture

Mais sous sa forme organique, la plus fréquente, il est non assimilable par les plantes.

Pour être absorbé, le soufre organique doit être oxydé par les microorganismes du sol (bactéries oxydatives du soufre comme les thiobacilles), qui le transforment en le sulfate SO42-, sa forme ionique sous laquelle il pourra être assimilé par les plantes.

Mais, comme les nitrates (la forme assimilable de l’azote),  les sulfates sont très sensibles au lessivage (lixiviation).

3 - Quand risque-t-on de manquer de soufre ?

Par temps froid, lorsqu’il y a excès d’eau, sols acides ou avec un faible taux de matière organique, sols superficiels filtrants (cas des sables, argilo-calcaires superficiels, craie) ou encore après les lessivages hivernaux, dès que la minéralisation du sol est faible le risque de carence en soufre est important.

Par ailleurs les apports de soufre par retombées atmosphériques ne cessent de chuter depuis 40 ans – ce qui n’est pas une mauvaise chose mais qui est à prendre en compte.
D’une manière générale, les sols reçoivent aujourd’hui sept fois moins de soufre qu’il y a 30 ans.

carence en soufre sur blé
Des zones irrégulières avec jaunissement des jeunes feuilles à partir de début montaison indiquent souvent une carence en soufre.

4 - Quels sont les besoins des cultures et quels risques en cas de carence ?

Le colza : grand demandeur de soufre

Le colza est la culture la plus exigeante en soufre et une carence sévère peut provoquer des chutes de production de 15 à 20 q/ha (soit 20 à 40% du rendement). Avec les cultures fourragères ou les légumineuses (moutarde, luzerne, trèfle, graminées) le chou, l’oignon ou l’ail, il reste l’une des cultures dont les besoins en soufre sont les plus importants, et dans un laps de temps bien précis : dès le début de la montaison. Or, nombreux sont les agriculteurs qui font « l’impasse » sur les apports de soufre (sous sa forme minérale), apports pourtant recommandés systématiquement tous les ans. (enquête Terres Inovia de 2008).

Les céréales carencées en soufre perdent en nombre d’épis et en fertilité

Sur céréales, une carence se traduit par des diminutions du nombre d’épis au mètre carré et de leur fertilité. Résultat : « Les pertes vont de 2 à plus de 10 q/ha dans la plupart des cas et jusqu’à 20 q/ha pour les carences importantes », indique Arvalis.

Maïs, betteraves et pommes de terre ont des besoins plus tardifs

Les cultures de maïs, betterave et pomme de terre ont des besoins équivalents au blé, mais plus tardifs. Ces besoins se trouvent dès lors souvent satisfaits par la minéralisation des matières organiques présentes dans le sol. Toutefois, sur ces cultures aussi, des apports avant semis peuvent procurer des gains de rendements en particulier dans les sols filtrants ou à faible teneur en matière organique.

besoins-des cultures-en-soufre-infographie
source COMIFER Comité Français d’Étude et de Développement de la Fertilisation Raisonnée

Mobilisation en soufre de différentes cultures.
Réalisé pour l’UNIFA par le pôle d’ASPACH de la SADEF

5 - Apporter du soufre à effet immédiat, une bonne solution  ?

L’épandage d’engrais soufré libérant la forme, « à effet immédiat », peut être privilégié. Les grandes cultures – colza, céréales à paille, betterave, pomme de terre mais aussi les légumineuses – répondent favorablement à de tels apports : sulfate d’ammoniaque, de potassium, superphosphates, solution azotée soufrée, ou encore kiesérite, de nombreuses formes d’engrais soufrés sont actuellement disponibles sur le marché.

Mais attention, l’apport de soufre sous forme S est onéreux et son action nutritionnelle directe est faible.
En cas de déficience, Arvalis déconseille également l’application de soufre mouillable type Thiovit : un peu lent d’action sur des carences avérées.

6 - Les apports organiques, une solution plus long terme

Le fumier ainsi que les autres amendements organiques sont une autre forme d’apport de soufre possible. Ce type d’engrais permet une assimilation plus lente du soufre. Selon l’origine animale, les fumiers peuvent contenir entre 1 et 3 kg/tonne de soufre. Les effluents de volailles sont les plus riches en soufre (et en azote).

Sur céréales, l’apport de soufre reste inutile dans les parcelles recevant des apports réguliers de fumier depuis plus de 20 ans, sauf au printemps en cas d’hiver très pluvieux, dans les sols à risque élevé, conseille Arvalis.

Le soufre n’est pas toujours présent en quantité suffisante pour les cultures très productives, prévient de son côté le département « fertilisation » du ministère de l’agriculture de l’Ontario (Canada). Toutefois, l’effet de l’apport de sources commerciales de soufre sur les cultures est moins marqué lorsque du fumier est épandu régulièrement.

Les formes SO4 sont très sensibles au lessivage, les pertes sont importantes lorsque la pluviométrie des mois de novembre à février est supérieure à 350 mm.

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