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par Allison Winmill

Responsable Technique Forets et Pépinières



Plantes, animaux, insectes, agents pathogènes… Les espèces invasives sont un enjeu mondial et entraînent des impacts négatifs sur l’environnement, l’économie et/ou la société.

En Amérique du Nord, de nombreuses espèces invasives sont déjà présentes dans le paysage et posent des problèmes aux gestionnaires des territoires. Parmi celles-ci, on retrouve deux espèces de petits arbustes/arbres qui sont en train de modifier le paysage dans les milieux urbains et ruraux : le nerprun commun (Rhamnus cathartica) et le nerprun bourdaine (Frangula alnus).

Bien souvent, les espèces invasives ont été introduites ou relâchées accidentellement dans une zone située en dehors de leur habitat naturel. Leur introduction dans un écosystème constitue souvent une perturbation du cycle naturel, car ces espèces n’ont généralement pas de prédateurs naturels. Elles affectent gravement la flore et la faune, ainsi que les cours d’eau, et ont souvent un coût économique important lié à la perte de ressources et/ou de gestion (Invasive Species Centre 2021).

1 - Nerprun invasif : de quoi s'agit-il ?

On estime que le nerprun commun (Rhamnus cathartica) et le nerprun bourdaine (Frangula alnus) ont été introduits dès les années 1800 et qu’ils étaient à l’origine utilisés comme haies et brise-vent (Anderson 2012).

Dans les années 1900, il s’est répandu et sa répartition actuelle s’étend sur une grande partie de l’Amérique du Nord. Au Canada, il a été enregistré de la Nouvelle-Écosse à la Saskatchewan (Anderson 2012).

Close up photo of foliage for common buckthorn
Gros plan du feuillage du nerprun commun – crédit Lallemand
Close up photo of foliage for glossy buckthorn
Gros plan du feuillage du nerprun bourdaine – crédit Lallemand

À elles deux, ces espèces occupent une grande diversité de paysages.

On trouve généralement le nerprun bourdaine dans les zones humides, tandis que le nerprun commun couvre une plus grande variété de paysages, notamment les abords des routes, les berges des rivières, les forêts matures et les terres agricoles (Poole 2014).

Le nerprun bourdaine peut être identifié par ses feuilles habituellement luisantes/brillantes à contours lisses, des veines parallèles les unes aux autres allant de la veine principale au bord externe de la feuille et qui sont disposées de manière alternée.

Les feuilles du nerprun commun ont des bords dentelés, avec des nervures qui s’incurvent de manière prononcée vers l’extrémité de la feuille et sont disposées de manière opposée à sub-opposée.

Les deux espèces présentent des lenticelles sur l’écorce, à maturité les baies sont de couleur noire, et sont toutes deux des arbustes ou des petits arbres (Anderson 2012).

Nerprun commun ou nerprun bourdaire FR
Nerprun commun ou nerprun bourdaire FR

2 - Nerprun, redoutable envahisseur

L’un des avantages phénologiques du nerprun, qui fait de lui un envahisseur si performant, est qu’il est l’une des premières espèces à sortir ses feuilles au printemps. Il fait alors de l’ombre aux autres espèces du sous-étage. Plus tard, il est l’un des derniers à conserver son feuillage .

Une feuillaison précoce combinée au maintien tardif de son feuillage, confère au nerprun un avantage photosynthétique sur les autres espèces (Kurtz et Hansen 2018). Il possède également une forte teneur en azote dans ses feuilles, lui offrant une croissance rapide et une excellente capacité photosynthétique (Whitfeld et all 2013). De cette façon, le nerprun modifie la quantité de lumière atteignant le sol de la forêt et réduit ainsi ce qui peut pousser sur le site.

Il produit enfin une grande quantité de graines qui sont facilement dispersées, principalement par les oiseaux, le fruit agissant généralement comme un laxatif lui assure une bonne dissémination pouvant aller assez loin du site d’origine.

Ajoutons à cela des graines qui restent viables dans le sol pendant de nombreuses années avec un fort taux de germination et l’on obtient alors des conditions de propagation remarquables pour cet envahisseur (Anderson 2012).

3 - Impact du nerprun sur l'environnement

 

Impact sur les forêts

Le nerprun commun et le nerprun bourdaine ont tous deux tendance à former des buissons monospécifiques très denses et couvrant de grandes surfaces. Cela réduit la biodiversité et peut altérer l’habitat de la faune 👉.

Au fil du temps, ces espèces menacent la composition naturelle des forêts en supplantant la régénération indigène et en colonisant rapidement les clairières.

Les buissons de nerprun peuvent non seulement avoir un impact sur la régénération naturelle, mais également nuire à d’autres utilisations de la forêt, ils gênent l’acheminement des engins d’exploitation dans un cadre commercial, mais pénalisent également les activités de loisirs et les sentiers de la faune (Whitfeld et all 2013).

Très nutritives, les feuilles du nerprun commun se décomposent rapidement une fois au sol laissant la terre à nu, contrairement à la litière de feuilles et à la couche organique habituelles. Le sol ainsi exposé est idéal pour la croissance du nerprun, voire d’autres espèces invasives (Whitfeld et al 2013).

Glossy buckthorn dominating the understory of a red pine (Pinus resinosa) stand
Glossy buckthorn dominating the understory of a red pine (Pinus resinosa) stand- credit Lallemand

 

Impact sur l’agriculture

Sur le plan agricole, le nerprun commun est un hôte de la rouille couronnée sur avoine et du puceron du soja, qui peuvent tous deux entraîner une baisse du rendement des cultures (Anderson 2012).

En raison de son impact sur l’agriculture, le nerprun commun est répertorié comme une mauvaise herbe nuisible en vertu de la Loi sur le contrôle des mauvaises herbes de la province de l’Ontario (OMNRF 2021).

 

Oat crown rust © Abdelmoumen Taoutaou | Dreamstime.com
Rouille couronnée sur avoine © Abdelmoumen Taoutaou | Dreamstime.com

 

Soybean aphid © Ashvin Makwana | Dreamstime.com
Pucerons de soja © Ashvin Makwana | Dreamstime.com

4 - Stratégies de gestion des nerpruns envahissants

Les méthodes de lutte contre le nerprun envahissant peuvent inclure une variété de stratégies, notamment :

✅ la lutte mécanique (coupe, fauche, annélation)

✅ seule ou en combinaison avec des produits chimiques

✅ à un stade précoce, les plantules de nerprun peuvent également être arrachées du sol (Lindgren 2006)

Une fois le nerprun implanté dans un paysage, il peut être incroyablement difficile à contrôler ou à éradiquer.

Dans le cas d’un traitement purement mécanique, il est essentiel de noter que cette espèce produit des rejets de souche prolifiques après la récolte, ce qui peut nécessiter plusieurs années de coupes répétées.

Stump sprouts post cutting on a glossy buckthorn stem
Rejets repartant d’une souche d’un pied de nerprun bourdaine – credit Lallemand

 

LALCIDE CHONDRO, un herbicide biologique pour lutter contre le nerprun commun et le nerprun bourdaine

Entre 2016 et 2019, Lallemand Plant Care a mené à bien une série d’essais pour étudier l’utilisation d’un herbicide biologique, LALCIDE CHONDRO, comme outil supplémentaire pour contribuer à la gestion du nerprun envahissant.

Les travaux ont eu lieu au Canada dans les provinces de l’Ontario et du Québec pour tester le LALCIDE CHONDRO contre le nerprun envahissant dans des opérations de coupe de souche et d’annélation. Les résultats de ces essais de recherche ont conduit, à l’autonmne 2020, à la révision de l’étiquette pour y inclure le nerprun commun et le nerprun bourdaine en plus des espèces déjà listées: aulnes (rouge, à feuilles minces et Sitka), peuplier faux-tremble, chêne rouge, Olneya tesota, bouleau blanc, érable à sucre et cerisier de Virginie.

 

Qu’est-ce que LALCIDE CHONDRO?

 

L’ingrédient actif du produit est le Chondrostereum purpureum, un champignon de décomposition du bois présent naturellement dans le monde entier et que l’on trouve facilement dans les écosystèmes forestiers canadiens.

Le produit se présente sous la forme d’une pâte et est homologué pour prévenir la repousse des tiges coupées ou annelées.

 

Il fonctionne grâce à deux modes d’action :

 

✅ D’abord en colonisant la souche elle-même et

✅ Ensuite en sécrétant une enzyme qui provoque la maladie de la feuille d’argent sur les rejets post-récolte, et entraîne la mort de l’ensemble du pied.

Application de LALCIDE CHONDRO

L’application doit être réalisée sur chaque pied en une seule fois et directement sur la souche fraîchement coupée ou sur une plaie d’annélation.
Un bon timing est très important , pour cibler le nerprun quand toutes ses feuilles sont sorties et que les racines sont épuisées.

La fenêtre d’intervention idéales est doncs fin printemps / début été, habituellement entre mi-juin et début juillet en fonction des conditions climatiques.

product applied on cut stumps
Application de la pâte sur une souche
product applied on cut stumps
Application sur une annélation

 

Risque pour les espèces non ciblées

Chondrostereum purpureum est un champignon naturel que l’on trouve facilement dans les écosystèmes forestiers. Le risque pour les espèces d’arbres non ciblées est minime car LALCIDE CHONDRO nécessite une application concentrée et ciblée sur une plaie fraîche.

La formulation en pâte est appliquée directement sur le pied à traiter et non-volatile lors de l’application. La risque de dispersion aeroportée est réduit.

Les avantages de LALCIDE CHONDRO

LALCIDE CHONDRO est une alternative biologique complémentaire aux outils dont disposent les exploitants qui doivent gérer cette espèce invasive et se trouvent souvent limités par l’utilisation d’herbicides chimiques, tant du point de vue du public que de la réglementation. Il constitue également une option plus respectueuse de l’environnement puisqu’il s’agit d’un microorganisme d’origine naturelle.

LALCIDE CHONDRO travaux de recherche

Les essais de recherche menés par Lallemand Plant Care ont comparé, au sein d’une même foret, des souches et des troncs annelés auxquels nous avions appliqué LALCIDE CHONDRO avec des souches et troncs annelés n’ayant pas reçu de produit.

Les résultats ont été spectaculaires, comme en témoigne les photos ci-dessous montrant un site d’essai 24 mois après la récolte et l’application.

La nature biologique du produit exige un certain temps avant que son efficacité ne se manifeste pleinement, car le champignon a besoin de temps pour coloniser la souche.

Trial site immediately post harvesting
Site immédiatement après la récolte
24 months post harvest - WITH LALCIDE CHONDRO
24 mois après récote – AVEC LALCIDE CHONDRO – credit Lallemand
24 months post harvest - no product applied
24 mois après récolte – sans application de produit – credit Lallemand

Pour en savoir plus sur ces essais de recherche et les résultats associés, et sur la façon dont LALCIDE CHONDRO pourrait jouer un rôle dans votre stratégie de gestion du nerprun, n’hésitez pas à visiter notre site Web à bioforest.ca ou à contacter l’un des spécialistes techniques pour plus d’informations à l’adresse support@bioforest.ca. support@bioforest.ca.

5 - Referenceé

  • Anderson, Hayley. 2012. Invasive Common (European) Buckthorn (Rhamnus cathartica): Best Management Practices in Ontario. Ontario Invasive Plant Council, Peterborough, ON.
  • Invasive Species Center. 2021. Learn about invasive species. https://invasivespeciescentre.ca/learn/
  • Kurtz, Cassandra M.; Hansen, Mark H. 2018. An assessment of common buckthorn in northern U.S. forests. Res. Note NRS-250. Newtown Square, PA: U.S. Department of Agriculture, Forest Service, Northern
  • Rese Lindgren, C. 2006. Common buckthorn and glossy buckthorn. Invasive plants found in Manitoba Rhamnus cathartica L. and R. frangula L. (syn. Frangula alnus Mill.). Alien Invasive Aquatic and Wetland Plants Fact Sheet Series. 6pp.
  • Ontario Ministry of Natural Resources and Forestry (OMNRF). 2021. Common buckthorn. https://www.ontario.ca/page/common-buckthorn.
    Poole, J. 2014. Common & Glossy Buckthorn Factsheet. Nottawasaga Valley Conservation Authority. 2pp.
  • Whitfeld, T., Reich, P., Lodge, S., Roth, A., Buschena, C. 2013. Preventing and managing common buckthorn invasion: recent research and recommendations. Department of Forest Resources, University of Minnesota. 6pp.

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